Il n'y a pas de cours aujourd'hui, alors j'en profite pour terminer l'histoire que j'avais commencée sur mon précédent parchemin. Après que nous ayons quitté le site de construction du nouveau musée, j'ai entraîné Nerakhme vers une petite colline au sommet de laquelle se trouve une pinède charmante, avec une vue superbe en surplomb sur l’océan. Je me rappelais qu’il y a quelques années, j’avais été avec mon frère ramasser des noix dans se secteur où les noyers sont légion. Nous nous étions arrêtés sur cette colline et il avait joué de la paphrane, un instrument de musique atalante avec des cordes qui produisent un son très mélodieux. J’étais presque certaine que nous étions à une courte distance de marche de cet endroit magique.. Et j’y ai attiré Nerakhme.

Lorsque nous sommes arrivées au pied d'un énorme pin parasol, Nerakhme s'est arrêtée un instant pour contempler le paysage. Puis elle a ramassé une pomme de pin imposante et parfaitement intacte -elle les collectionne depuis l'enfance et s'est retournée vers moi.

«  C’est magnifique, Ankha. Merci de m’avoir conduite jusqu'ici. Je n'étais jamais venue.

  • - J'étais certaine que tu aimerais, j'ai répondu avec un léger sourire, en regardant tous les pins autour de nous, dont nous foulions les aiguilles mortes à chacun de nos pas. Je pensais aussi que nous ne risquions pas d'être dérangées ici et que nous pourrions peut-être, si tu le souhaites évidemment, renouer avec nos jeux d'enfance, à l'époque où nous tentions de transmettre les informations les plus précises possibles par la pensée. Et où tu essayais de me montrer comment déplacer des objets sans les toucher. »
  • Nerakhme a pâli et je me suis arrêtée net. Même si nous n'en parlons jamais, nous savons parfaitement l'une et l'autre pourquoi nous avons cessé ces pratiques. Et si c'est un souvenir douloureux pour moi, ce n'est rien à côté d'elle.

    Nous n'avions pas atteint nos dix révolutions de Gaïa et nous étions allongées au pied d'un grand chêne, près de la demeure de la famille de Nerakhme. Elle essayait de se concentrer pour déplacer un vase en grès que Saskara, sa mère avait déposé là pour le nettoyer. Je pense que Nerakhme n'avait jamais déplacé un objet aussi volumineux, du moins pas volontairement. Elle a d'abord réussi à le faire glisser sur un demi-pas, mais lorsqu'elle a tenté de le soulever, un oiseau est venu voler autour du vase. Nerakhme a paniqué, le vase a été comme projeté et s'est cogné contre l'oiseau qui est retombé, sans vie. Depuis ce jour-là, Nerakhme n'a plus jamais voulu manifester volontairement ses pouvoirs.

    « Tu es plus âgée maintenant et ici il ne peut rien arriver de fâcheux, j'avance, encourageante.

    -  Il peut toujours arriver quelque chose de fâcheux, me répond-elle d'une voix tout juste audible.

    - Nerakhme, est-ce que tu as l'intention de vivre toute ta vie ainsi, dans la peur du mal que tu pourrais faire, plus particulièrement aux personnes qui te sont le plus proches et le plus chères?

    - Est-ce que j'ai un autre choix? je ne contrôle rien!

    - Quand nous étions plus jeunes, je trouve que tu faisais des choses impressionnantes. Peut-être que tu serais capable de faire la même chose que les Mugit'ari.

    - Ils ont probablement suivi des années de formation...

    - Si tu n'essaies pas, tu ne saura jamais vraiment ce dont tu es capable. Si tu veux, on commence par l'un de ces exercices que l'on faisait toutes les deux, où tu fermais les yeux, je dessinais quelque chose.

    -Tu es beaucoup plus douée que moi pour cela. C'est toi qui voit les choses les yeux fermés et qui rêve de l'avenir. C'est mieux que d'être un danger pour ses proches.

    -Mais tu y arrivais aussi à l'époque.

    De ma grande besace en cuir, je sors l'un des parchemins que j'utilise pour nos cours. Peut-être que si Nerakhme retrouve le contact avec cette capacité-là, inoffensive, elle sera plus tentée de travailler l'autre: « Ferme les yeux et concentre-toi, je lui ordonne.

    Avec ma plume de griffon, je commence à tracer les contours d'une série de boucles d'oreilles qui me dansent dans la tête depuis que nous avons commencé à discuter des capacités de Nerakhme. A chaque fois que je suis avec elle ou que je pense à elle, j'ai envie d'utiliser des plaquettes de nacres. Et cela tombe bien, parce que j'en ai récupéré toute une collection grâce à la générosité de mon frère, que je coupe et je perce à l'aide des outils que j'emprunte à ma mère. Je n'ai pas de pigments avec moi pour rendre les couleurs sur le parchemin, mais j'imagine des plaquettes nacrées vertes, qui se marieraient si bien à la nature magnifique dans laquelle nous sommes. Je griffonne des motifs avec des perles en bois. D'un coup de plume je suis en train de rajouter le crochet en orichalque qui se nichera dans le lobe de l'oreille lorsque la voix de Nerakhme s'élève, et s'intègre, tellement musicale dans le chant des oiseaux et le reflux de la marée descendante que l'on entend de loin.

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    « Tu as dessiné de nouvelles boucles d'oreilles, affirme-t-elle. Il y en a trois paires et elles sont très belles. Je vois des plaques rondes, je crois qu'elles seront brillantes. Et d'autres plaquettes plus petites, qui ressemblent à des fleurs ou à de petites tablettes. Il y a des perles rondes. Ton dessin est en noir, mais je ressens du vert.

    - Nerakhme, maintenant ouvre les yeux très doucement. La pierre qui se trouve là bas, est-ce que tu la vois?

    - Oui, répond Nerakhme d'une voix apaisée, comme plongée dans un état méditatif profond.

    - Est-ce que tu pourrais essayer de la pousser vers le pin, doucement très doucement? »

    La respiration de Nerakhme s'accélère alors que la pierre frémit, mais ne parvient pas à se déplacer. Je l'entends soupirer de frustration, au moment où la pierre fait un bond vers le pin d'une longueur de deux pieds. Je sursaute involontairement et Nerakhme pousse un petit cri en écho.

    « Ça y a tu es arrivée, je lui lance d'une voix encourageante. Essaie de nouveau, mais plus doucement cette fois. »

    Nerakhme fixe de nouveau la pierre. J'ai à peine le temps de la voir se déplacer imperceptiblement lorsque je ressens une présence non loin de nous. Une présence forte. Je tourne la tête vers le chemin depuis lequel nous sommes arrivées et c'est là que j'aperçois deux silhouettes qui se détachent entre les pins. Ce sont deux femmes et elles s'approchent de nous d'un pas mesuré, mais inexorablement. Elles sont encore à une dizaine de pas, lorsque j'aperçois accroché à leurs besaces, des talismans caractéristiques. Le doute n'est pas permis sur l'origine de ces deux femmes. La seule question que je me pose c'est ce qu'elles font ici et par quel concours de circonstances elles sont en face de nous.

    Pffff.... Cette histoire est plus longue que je ne le pensais. Ma mère m'a demandé d'aller cueillir des tomates pour notre repas d'après le coucher du soleil et je vais devoir en rester là pour aujourd'hui. Je prendrais un autre parchemin bientôt pour vous raconter la suite.

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    Nerakhme face à ses pouvoirs

    Descriptif: plaquettes de nacre verte rondes, rectangulaires ou en forme de fleur, perles en pierre naturelle grassstone, perles de nacre, perles en bois et perles de rocaille fantaisie. De haut en bas et de gauche à droite, modèle 1: 10€ en crochet, 11€ en clips.  Modèle 2 et 3: 7€ en crochets, 8€ en clips, hors frais de ports .

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