J'avais commencé à vous raconter la rencontre que nous avons faites, Nerakhme et moi, alors que je l'aidais à exercer sa capacité à déplacer les objets sans les toucher. Elle s'entraînait sur une grosse pierre, donc, lorsque deux femmes sont apparues devant nous.

Ce n'est pas vraiment grâce à leurs vêtements de belle qualité que je les avais identifiées au premier regard. Mais plutôt lorsqu'elles se sont approchées de nous et que j'ai aperçu, d'abord accrochés sur les besaces en cuir clair qu'elles portaient en bandoulière, deux bijoux qui ne laissaient aucune part au doute. . A la besace de l'une d'entre elle, pendait un talisman formé d'un petit flacon de verre fermé par du liège sur lequel cliquetait avec douceur un dauphin en cuivre, emblème aussi connu dans l'archipel que le trident de Poséidon et qui avec l'hippocampe depuis plusieurs milliers de révolutions de Gaïa, l'un des emblèmes des prêtresses, soeurs, sorcières ou même Déesses Laileb, selon le nom que l'on choisit de leur donner. Sur le sac de l'autre femme, la plus jeune, j'ai aperçu le même type de talisman, avec la petite bouteille contenant un mystérieux liquide. A la place du dauphin, c'est un croissant de Selene qui cliquetait sur sa fiole bleutée, avec quelques perles qui résonnaient dans les mêmes teintes et n'avaient certainement pas été choisies au hasard. Seules les prêtresses Laileb portent ce type de talisman, même si certains artisans tentent parfois de s'en inspirer.

Je vous ai déjà brièvement parlé des prêtresses Laileb. Et si je suis parfaitement honnête, je ne sais pas par où commencer si je dois les décrire. Dans l'Archipel, tout le monde sait ce qu'est une prêtresse Laileb. Mais comme la plupart des Atalantes, je n'ai eu que très peu de contacts directs avec des prêtresses, un seul en fait. Et je ne sais d'elles que ce que mes parents m'ont raconté ou les bribes que j'ai pu lire en posant mes mains sur les cristaux géants qui contiennent les données majeures sur l'histoire de notre civilisation.

Je sais que les prêtresses Laileb existent depuis l'âge sombre de Bélial, ce leader religieux mégalomaniaque qui avec ses disciples fanatiques manqua de mettre fin à la civilisation Atalante. A l'issue de cette période trouble, les prêtresses Laileb ont été investies par le souverain qui régnait sur l'Archipel du titre de gardiennes des capacités mentales. A longueur de révolution de Gaïa, des soeurs écument les différentes îles de l'Archipel à la recherche des jeunes filles présentant les dons les plus prometteurs pour les emmener dans l'un leurs sanctuaires. Elles y recevront un enseignement de haute qualité, non seulement pour développer leurs pouvoirs, mais aussi dans d'autres domaines tels que l'histoire de l'Archipel et des autres peuplades de Gaïa, la géographie de notre planète et des autres corps célestes, les arts ou encore les mathématiques, l'art de soigner, ainsi que toutes les disciplines qui marient le développement du corps et de l'esprit. Etre choisie est un grand honneur, pour la jeune fille comme pour sa famille qui sera désormais comme lui sous la protection de Clito, la Déesse mère de l'Atalantide. Inutile de préciser que les prêtresses Laileb sont des personnes respectées et même parfois craintes en Atalantide.

Mais respectées ou craintes, cela n'explique pas ce que font ces deux prêtresses dans notre sanctuaire à nous. Et surtout ce qu'elles nous veulent..

« Bonjour jeunes filles nous sommes en voyage de reconnaissance et nos pas nous ont guidé jusqu'à vous, avance soudain la plus âgée, comme si elle avait entendu ma question et en ouvrant légèrement ses bras avec les paumes ouvertes, geste d'apaisement et de communication pacifique dans tout l'Archipel. Je suis Domenka et voici Euria, mon apprentie.»

En écoutant celle qui s'est présentée comme Domenka, je réalise que ces deux prêtresses peuvent probablement lire l'ensemble de nos pensées. Je lève alors un bouclier autour de mes pensées, comme ma mère m'a appris à le faire lorsque je suis dans une grande assemblée ou en présence d'inconnus. Mais les deux femmes ne semblent guère s'intéresser à moi, elles ont les yeux fixés sur Nerakhme. Pour briser la tension, je prends la parole: « Heureuse de croiser votre chemin, Domenka et Euria. Je suis Ankha et voici mon amie Nerakhme ».

- Ankha et Nerakhme, ce sont de très beaux noms. Habitez-vous dans la région, jeunes filles?, poursuit celle des deux soeurs qui a déclaré se nommer Domenka.

- Nous sommes de Calabca, en effet.  Et vous, vous vous promeniez dans la pinède?», je hasarde à mon tour.

Les deux femmes se regardent un bref instant et la plus âgée prend de nouveau la parole. « Nous étions prêtes à rejoindre le village d'artisans lorsque nous avons ressenti des vibrations importantes », répond-elle avec une ferme assurance. « Nous souhaitions rencontrer la personne qui les émettait », ajoute-t-elle en se tournant résolument vers Nerakhme, qui donne l'impression qu'elle voudrait rejoindre les racines du pin sous lequel nous étions assises. Elle est tellement émue qu'elle n'a pas actionné de bouclier. Mais si je ne reçois d'elle que des émotions brutes, je pense qu'il ne fait aucun doute dans mon esprit comme dans le sien que les vibrations dont parlent les deux soeurs dont celles que Nerakmhe a émises en déplaçant la pierre.

« Je n'ai rien fait de mal, murmure-t-elle d'une voix tremblante.

« Ce n'est pas ce qu'a dit Domenka, intervient la jeune prêtresse, dont nous entendons pour la première fois le son de la voix. Vous émettez des vibrations."

Douce et apaisante, Euria a posé sa main sur le bras de Nerakhme: "Quel âge avez-vous Nerakhme?

  • - 15 révolutions de Gaïa répond mon amie, un peu calmée.
  • - Alors nous avons à peu près le même âge. J'ai fêté très récemment mes seize révolutions. Etes-vous pensionnaire du sanctuaire de Zakriit, Nerakhme?"
  • Zakriit est située à deux journées de Licorne de Calabca et c'est la ville importante la plus proche. Dans les environs, se tient l'un des principaux sanctuaires Laileb.
  • "Je ne suis dans aucun sanctuaire", répond Nerakhme, tremblante.
  • Les deux prêtresses échangent un regard. Une surprise visible s'est peinte sur leurs visages.

    «  Vous avez quitté votre sanctuaire?, interroge Domenka, sceptique.

  • - Je n'ai jamais été dans un sanctuaire », réplique Nerakhme.
  • Les deux prêtresses se concertent de nouveau en silence. Je comprend qu'elles n'échangent pas que des regards, mais qu'elles communiquent par télépathie.

    « Aucune prêtresse Laileb n'est venue dans votre école, Nerakhme, lorsque vous n'aviez que neuf ou dix révolutions de Gaia? »

    Cette fois, c'est moi qui répond à la place de Nerakhme: « Elle est venue, je me souviens très bien. Mais Nerakhme n'était pas présente ce jour-là. Elle était malade ».

    Les deux femmes échangent un regard, mais pas une parole. Je suis certaine qu'elles communiquent à notre insu, des choses beaucoup plus précises que ce que Nerakhme et moi pouvons échanger durant nos petites sessions.

    En tout cas, la petite tranche de mes souvenirs d'enfance que je viens de leur rapporter semble avoir répondu à une partie de leurs interrogations. Domenka se tourne vers Nerakhme avec une expression déterminée mais s'adresse à elle d'une voix apaisante: « Nerakhme, seriez-vous d'accord pour effectuer quelques petites expériences avec moi? »

    -Des expériences, mais quel genre d'expérience?

    - Du genre de celles que vous faisiez avec votre amie quand nous sommes arrivées. »

    Nerakhme se retourne avec moi d'un air affolé. Je ne sais quoi lui répondre mais quelque chose me dit que ces deux femmes ne nous veulent pas de mal et peut-être même qu'elles peuvent l'aider.

    « Je ne vous veux pas de mal Nerakhme et je pense même que je peux vous aider », reprend Domenka comme en écho de ma pensée. Les a-t-elles lues? Mais j'ai comme une impression différente, comme si cette fois c'était le contraire et que c'elle elle qui m'a ouvert son esprit, qui nous a ouvert son esprit, pour que nous puissions déchiffrer ses intentions.

    Comme pour me donner raison, le visage de Nerakhme semble s'être apaisé. Après un petit encouragement silencieux de ma part, elle se retourne vers les deux femmes: "d'accord, je veux bien essayer, mais je vous préviens, je suis plus dangeureuse qu'un griffon en colère.

  • - Je pense que je pourrais faire face, répond Domenka, alors que je crois déceler une lueur presque amusée dans son regard perçant. Si vous le voulez bien Nerakhme, nous allons nous installer toutes les deux ici."
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    Il se fait tard. J'adore écrire, mais j'étais tellement plongée dans mon récit que je n'ai pas vu le jour tomber, encore assez tôt à cette époque de l'année. La flamme de ma lampe de cristal vacille et la lueur de la lampe à huile sont tout juste suffisantes pour guider ma main sur le parchemin. Je poursuivrai bientôt mon récit, mais à la lumière du disque solaire. Parce que non seulement ni cette rencontre avec Domenka et Euria, ni ses conséquences ne sont encore parvenues à leur conclusion.

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    Talismans des prêtresses Laïleb

    Descriptif: talisman porte-clef composé d'un Flacon en verre peint (3 ml) fermé avec un bouchon de liège, et de perles en bois et fantaisie retenues par un élastique solide. 5€, hors frais de port.

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